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03/08/2011

Le monde selon Murdoch

Au delà de la question des limites déontologiques que s'auto-appliquent les médias, le désormais cas d'école de "News of the word" pose des questions fondamentales en matière de gouvernance.

Plusieurs d'entre nous sont membres de Conseils d'administrations  d'ASBL du secteur non marchand ou associatif (club de foot, écoles,  association de parents,... ) mais nous prenons rarement la mesure du "risque" que nous encourons.

La première question qui vient à l'esprit est de savoir comment un conseil d'administration peut appréhender concrètement le style de leadership de son CEO, du staff de direction senior, la culture d'entreprise induite de la sorte et ce, dans une institution dont il est en définitive l'ultime responsable aux yeux de la loi ?
Si la plupart des CA fonde leus évaluations sur des sets d'indicateurs "maison" supposés pertinents, beaucoup ne se posent même pas la question. Mais il faut encore que cette question puisse avoir un sens...

Si nous considérons les CA du secteur non-marchand et des écoles "libres" en particulier, comment se servir de l'évaluation d'une direction nommée (à vie...) alors que les administrateurs, eux, ont des mandats limités dans le temps.
Dans ce cas précis, l'incompétence d'une direction ne peut être sanctionnée que par la démission collective du CA... mais après ?
De manière générale, lorsque les CA du secteur non-marchand évaluent les staffs de direction, ils ne peuvent le faire que de manière très contrainte. Sauf à faire des CEO des administrateurs (délégués), les CA sont dans ce système les otages de leurs CEO's.

De manière générale, les staffs de directions sont souvent évalués en terme de ressources et de résultats, rarement en terme de processus, plus rarement encore en terme de processus de leadership, ou de culture d'entreprise. Ces deux derniers domaines sont généralement abordés lorsqu'un problème est identifié, c'est à dire lorsqu'il est déjà trop tard, le mal est fait et il s'en suit un préjudice réel pour l'entreprise en terme d'activité, de réputation mais aussi de carrière pour les cadres supérieurs.
Ce n'est pas lorsqu'il y a pour harcèlement moral qu'il faut se poser la question de la violence des relations entre une direction et ses employés.

Un CA devrait s'inquiéter régulièrement des moyens dont il dispose pour influer sur le style de direction et les comportements de son équipe de direction.
S'il s'avère que le CA n'a pas (ou plus...) la main dans ces domaines, il devra d'une part se distancer clairement des positions prises et d'autre part (re)considérer les moyens d'actions dont il dispose pour rétablir le climat social qu'il souhaite.

Pour répondre à cette dernière question, plusieurs CA ont recours à une évaluation à 360° menée généralement par une firme extérieure à l'institution.
Elle procède par interview de tous les acteurs depuis des administrateurs jusqu'aux employés en passant par les cadres (360°).

Ce type d'analyse apporte en général aux administrateurs des informations qualitatives en matière d'enjeux de développement tant individuels que collectifs, de défis culturels qui sont essentielles pour évaluer la haute direction.
Cette démarche n'est pas sans risque, elle ne peut en tout cas pas être mise en oeuvre lors de tensions entre le CA et le CEO. Toutefois, lorsqu'elle produit comme résultat une image améliorée de la direction, cette démarche favorise la clarification des enjeux, la réduction des jeux de pouvoir politiques, la mise en lumière de carences de la direction et surtout la mise en chantier de solutions à des problèmes non-dits existant depuis parfois fort longtemps.

Dans le cas de "News of the world", l'entreprise Rupert Murdoch s'est structurée avec le temps selon un modèle de poupées russes de sorte que chaque membre du groupe était lié aux autres tout en étant à la fois indépendant et concurrent....
La focalisation sur les résultats (des ventes) et non sur les processus de gestion (le recours à des détectives extérieurs à la firme, le "placement" de collaborateurs dans les cabinets ministériels,...).

Cette structure présentait en outre l'avantage de la déresponsabilisation en chaîne, le commettant étant extérieur à l'entreprise, il est désormais facile de dénier toute volonté  d'enfreindre l'éthique professionnelle. Peu importe la configuration opérationnelle, tant que le résultat est atteint...
Ce n'est pas le journaliste qui posait le matériel d'écoute, mais un homme de main...
La déontologie journalistique qui veut que selon la directive européenne 1003 de 1993 "la fin ne justifie pas les moyens, ce qui implique un recueil légal et déontologique des informations" en sortait donc "apparemment" sauve.

Mais cela, cela démontre  aussi -voire même surtout- les faillites dans l'exécution de leurs missions des CA mis en place dans des structures gigognes volontairement complexes par Ruppert Murdoch...

16:32 Publié dans médias | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : news of the world

Commentaires

merci pour votre intérêt à mes considérations extrapolitiques...

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bàv

PP

Écrit par : Plots | 05/08/2011

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